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jeudi 22 janvier 2015

La modification de l’image de la femme pendant la guerre



L’image de la femme pendant la seconde guerre mondiale commence à être modifiée par la célèbre chanson Rosie the Riveter mais aussi par nombre d’affiches dont plus particulièrement deux qui sont souvent rattachées à ce personnage. Dans un ordre chronologique, la première affiche est celle de Howard Miller et la seconde celle de Norman Rockwell. Afin de mesure l’impact réel sur l’image de la femme dans la société américaine nous comparerons les affiches et thèmes des films avant la guerre en 1936, 1942 et après la guerre en 1950. Ces deux années se voulant hors du contexte de guerre tout en restant encadrante de la période.
Avant la guerre 19 millions de femmes sont déclarées “travailleuses” aux USA sur une population active de 71 millions de personnes dont 4 millions de chômeurs (5,6 %), soit 25% de la population active Réf 16. Travailler en 1936 pour une femme est donc une situation minoritaire.

2.1 Image de la femme en 1936 dans les affiches de cinéma




En 1936, La guerre n’est pas encore déclarée en Europe. Dans l’imagerie américaine de cette année-là, les femmes sont représentées dans un rôle très traditionnel. Si la jeune fille peut travailler comme secrétaire, la femme mariée, elle, ne travaille pas en dehors des tâches ménagères ou, éventuellement, du travail à la ferme. Nous allons étudier l’image de la femme dans son rapport au travail à travers la production cinématographique de l’année 1936. Réf 17
Le film “Wife versus Secretary” de 1936 dirigé et co-produit par Clarence Brown représente bien cette position évolutive de la femme mariée qui est chargée de la maison alors que la jeune fille (libre), elle, travaille. La femme qui occupe un emploi le fait soit dans l’attente d’un époux soit pour rester libre. L’homme reste le pivot ou l’objectif de ces deux positions.

Un autre film de la même année est intéressant: “The Bridge Walks Out”. Celui-ci relate la vie d’une femme mariée dont le mari exige qu’elle ne travaille plus.

L’étude des affiches des autres films de l’année 1936 présentant des femmes est aussi très instructive. Bon nombre de ces images ont pour sujet des femmes associées à des hommes dans des positions langoureuses comme dans “The Jungle princess”.

Comme on peut le voir dans l’analyse de la production cinématographique de 1936, si la femme jeune peut travailler, la société américaine ne se représente pas la mère de famille comme une employée ou comme une personne qui exerce une activité indépendante.
Le personnage fictif Rosie the Riveter créé en 1942 dans une production musicale reflète le changement du rôle de la femme qui part travailler dans les usines pour aider sa patrie.

Réf 16 : 1941 aux USA,Wikipedia, 2014 [en ligne], consulté le 15/01/2015, URL http://fr.wikipedia.org/wiki/1941_aux_%C3%89tats-Unis

Réf 17 : List of American films of 1936, Wikipedia, 2014 [en ligne], consulté le 15/01/2015, URL http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_American_films_of_1936

2.2 Image de la femme en 1942 dans les affiches de propagande et de Cinema

En 1942 la guerre bat son plein. Les Etats-Unis sont en guerre depuis décembre 1941. L’OWI, les artistes et l’industrie du cinéma tentent de porter main-forte à la nation. Que devient l’image de la femme cette année-là?

2.2.1 L’affiche par Miller 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/12/We_Can_Do_It%21.jpg/220px-We_Can_Do_It%21.jpg
L'affiche de Miller
L’affiche est réalisé en 1942 par J. Howard Miller , elle est placardée Dans une usine de la Westinghouse Electric Company du 15 au 28 février 1943. Oubliée, l’affiche est redécouverte dans les années 1980, elle devient associée au personnage de Rosie the Riveter, et est interprétée comme un symbole de féminisme. Réf 18
Réf 18 :The National Museum Americain History, Collections of the National Museum of American History [en ligne], site consulté le 15/01/2015, Disponible sur Internet http://americanhistory.si.edu/collections/search/object/nmah_538122

2.2.2 L’affiche par Rockwell
L'affiche de Rockwell
En 1941, Rockwell cherche à participer à l’effort de guerre, il souhaite proposer quatre œuvres inspirées du discours de Roosevelt du 6 janvier 1941 : Les « Four freedoms ». Son but devient de travailler pour le gouvernement mais bien que son travail soit apprécié, il est refusé. Il propose ses illustrations au journal le Saturday Evening Post, qui va les accepter avec enthousiasme. The four freedoms sont publiées du 20 Février jusqu’au 13 Mars 1943. C’est à la suite de cette collaboration que le Post publie le portrait de Rosie par Norman Rockwell. 

2.2.2 Analyse du tableau de Rockwell

Faire accepter sa Rosie par le Post à du être encore plus facile que pour les Four Freedooms, en effet “Selon les fichiers de l’OWI, les magazines étaient de fervents supporters de la campagne “womanpower”, peut-être à cause du fait que leur public était essentiellement féminin” Réf 19

La peinture (huile sur toile de 52x40) présente Rosie the Riveter assise pour sa pause déjeuner devant un drapeau américain, les pieds écrasant le livre manifeste d’Hitler, Mein Kampf. C’est une femme puissante et dominante. Elle a des épaules larges, des bras musclés et un pistolet à riveter sur les genoux. Son caractère masculin est accentué par ses cheveux courts, ses vêtements et ses chaussures d’homme. Cette représentation de la femme dans la peinture est inhabituelle pour l’époque. Sa tenue bleue, ses chaussettes rouges et ses cheveux roux renforcent les couleurs patriotiques du drapeau américain. On identifie le personnage de Rosie the Riveter par l’inscription « Rosie » sur sa gamelle.

Lorsque le spectateur regarde l’œuvre de Rockwell, Rosie lui apparaît en surplomb, comme pour le dominer. Son regard dirigé vers le bas peut être interprété comme une salutation méprisante. Les proportions des jambes et du torse confortent l’impression d’un personnage grand et massif. 


Comparaison entre l'affiche et le travail de Michel-Ange
Rockwell fait une référence explicite à un détail du plafond de la chapelle Sixtine où le prophète Isaac est représenté dans une position identique à celle de Rosie. Cette référence à l’oeuvre de Michel-Ange procure chez le spectateur la sensation d’être en face d’un personnage important. L’artiste a conservé à Rosie une taille fine, des formes voluptueuses et un visage doux. 

D’après la définition de propagande adoptée dans ce travail, Rockwell est dans un système propagandiste. En effet, par l’utilisation de techniques maîtrisées, en proposant une image de femme puissante et en manipulant des symboles patriotiques (drapeau, couleurs), des symboles sociétaux (position de la femme, contexte du travail, badge de la croix rouge,… ) et des symboles religieux (référence à la peinture de Michel-Ange), Rockwell modifie l’image traditionnelle de la femme. Ceci est fait de façon consciente, avec le désir de pousser les femmes à s’engager pour aider le pays sur le modèle de Rosie the Riveter. 

Pourtant, il ne s’agit pas d’une œuvre de propagande puisque l’artiste a accompli ce travail par conviction personnelle (et Rockwell a tenté de faire publier par l’O.W.I. d’autres oeuvres dans une même dynamique). Le gouvernement (ou l’O.W.I.) n’est pas directement intervenu. Les éléments mobilisés en vue de convaincre les citoyens le sont par un autre citoyen qui ne cherche pas à manipuler les esprits mais à les éveiller. 
Réf 19 : Maureen Honey. Creating Rosie The Riveter: Class, Gender, and Propaganda During World War II, p 38, Univ of Massachusetts Press, 1984

Conclusion : Transformation fantasme et réalité

En refusant ses oeuvres, l’OWI encourage quand même Rockwell à les publier. La représentation que Rockwell fait de Rosie ne se conforme pas exactement à son modèle Mary Doyle, qui est bien plus menue et a des traits biens plus doux. Il s’en est excusé en déclarant que : « C’était pour la rendre plus apte à manier le lourd pistolet à riveter ». Par cette musculature symbolique le peintre veut persuader de la capacité des femmes à effectuer des travaux jusque là réservés aux hommes. L’artiste engage les femmes à contribuer à l’effort de guerre à travers son œuvre en leur montrant que cette situation de femme puissante au travail est possible, “la preuve ? Rosie the Riveter”. Cependant, de façon à ce que les femmes puissent se projeter dans une situation de travail industriel et que les hommes restent séduits, Rosie conserve un certain caractère féminin.Ici aussi, comme pour la chanson traitée dans cette partie, il ne s’agit assurément pas de propagande d'Etat. Cependant, Rockwell inscrit son travail dans un cadre lié à l’effort de guerre et à la volonté de convaincre ses concitoyens. L’image de la femme est modifiée de façon plus engagée que dans la chanson. La Rosie de Rockwell est devenue plus forte, plus masculine, plus déterminée. Le personnage de Rosie s’est transformé en symbole de la femme qui travaille. Cependant, l’image de la femme au cinéma en est-elle pour autant bouleversée? 
2.2.3 Analyse des affiches et scénarios du cinéma américain de 1942

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Les films de 1942 sont bien sûr axés en grande partie sur la guerre. cependant en 1942 beaucoup de films sont des films de détente, mais il y a des films de propagande. Le film The Arm Behind the Army est clairement orienté pour promouvoir le home front Réf 20. Mais Le seul extrait que nous ayons trouvé ne semble pas mettre en évidence de femme au travail Réf 21 dans des activités tenues pour masculines: là encore, les hommes construisent des avions et les femmes sont davantage sur des travaux mettant en oeuvre du textile (c.f. Figure 6). Par ailleurs, dans le cinéma de divertissement, la femme conserve une place traditionnelle. Ainsi, dans The Big Street, Lucille Ball est une chanteuse.

Les femmes peuvent trouver une place dans le genre film de guerre en tant que soldats. Ainsi, dans le film Eagle Squadron Diana Barrymore joue une aviatrice. Mais les productions comme My Gal Sal où Rita Hayworth est une danseuse ou encore Roxie Hart continuent à cantonner les femmes dans des métiers artistiques.En somme, en 1942, la Rosie puissante et engagée de Rockwell trouve peu d’équivalent au cinéma.
Réf 20 : The Arm Behind the Army, Wikipedia, 2014 [en ligne], consulté le 15/01/2015, URL http://en.wikipedia.org/wiki/The_Arm_Behind_the_Army
Réf 21 : The arm behind the army 1942, Youtube, 2014 [en ligne], consulté le 15/01/2015, URL https://www.youtube.com/watch?x-yt-ts=1421782837&v=D6nosqKbRs8&feature=player_detailpage&x-yt-cl=84359240

2.3 Image de la femme en 1950 dans les affiches de cinéma

L’image de la femme et du travail à travers la production cinématographique de l’année 1950 ne montre guère d’évolution par rapport à 1942Un film comme Tarzan et la femme “esclave” Réf 23 en sont la preuve évidente. L’indépendance est toujours mal vue. Dans le film No Man of Her Own Réf 24 une jeune femme enceinte, “sans homme”, mais qui travaille comme modèle, n’a d’autre alternative que d’usurper l’identité d’une autre personne pour trouver une statut de veuve qui lui permettra d’élever son enfant.

Figure 8 : 4 films américains de 1950 : Tarsan et la femme esclave, Noman of her own, September affair et To please a lady.  Réf 22


Il y a cependant certaines exceptions et nous remarquons que plusieurs films ont pour héroïnes des femmes qui travaillent. Ainsi dans September Affair, la femme est une pianiste internationale. Dans To please a lady, le personnage féminin est une journaliste. Dans le films Three Came Home elle est écrivaine et dans My Blue Heaven elle est journaliste de radio. Toutefois, comme on peut le voir, les métiers féminins représentés ici ne sont pas des métiers manuels ou exigeant de la force physique. Ce sont des métiers du spectacle (journaliste de radio, pianiste) ou de la représentation (modèle).

Réf 22 : List of American films of 1950, Wikipedia, 2014 [en ligne], consulté le 15/01/2015, URL http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_American_films_of_1950 
Réf 23 : Tarzan et la femme esclave, Wikipedia, 2014 [en ligne], consulté le 15/01/2015, URL http://en.wikipedia.org/wiki/Tarzan_and_the_Slave_Gir
Réf 24 : No Man of Her Own , URL : 2014 [en ligne], consulté le 15/01/2015, URL http://en.wikipedia.org/wiki/No_Man_of_Her_Own

2.4 Conclusion

L’étude d’une partie de la production cinématographique américaine d’avant-guerre (1936) pendant (1942) et après-guerre (1950) semble montrer que l’image de la femme n’a finalement pas beaucoup changé durant ces années. Ce n’est pas une surprise car seulement 16 ans se sont passés. Certes, en 1942 le stéréotype est temporairement modifié, la nécessité faisant loi. Mais en 1950, les choses ont l’air d’être bien vite revenues à leur place. Pourtant, un film comme No Man of Her Own en 1950, laisse entrevoir la possibilité d’un changement. En effet, dans le film Helen Ferguson, qui travaille et vit seule avec un enfant, va presque réussir à retrouver un statut social correct. Mais le film qui est l’histoire d’un échec, est bien en avance sur son temps. Nous en voulons pour preuve le remake de 1996 Mrs. Winterbourne Réf 25.Les représentations de Rosie the Riveter n’ont pas été synonymes d’un changement radical dans l’image de la femme et dans sa représentation au travail dans les années d’après-guerre aux USA. L’année 1942 n’a été qu’une faille, une faille que la société américaine à voulu ignorer. Mais cette faille ne s’est pas complètement refermée, c’est cela qui a permis ensuite un lent changement vers la situation actuelle puisque les femmes représentaient 35% des travailleurs en 1970 au États-Unis et en 2009 elles sont presque 50% avec, cependant, comme en France, un salaire inférieur de 20% à celui d’un homme en moyenne pour un poste équivalent Réf 26.

Réf 25 : Mrs. Winterbourne, Wikipedia, 2014 [en ligne], consulté le 15/01/2015, URL http://en.wikipedia.org/wiki/Mrs._Winterbourne Réf 26 : La crise pousse les Américaines à travailler,2009 [en ligne], consulté le 15/01/2015, URL http://www.lefigaro.fr/emploi/2009/11/18/01010-20091118ARTFIG00628-la-crise-pousse-les-americaines-a-travailler-.php


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